Communiqué de presse du Parquet fédéral, du Parquet du Procureur du Roi de Limbourg et du Parquet du Procureur du Roi d’Anvers - Trafic de Stupéfiants

Communiqué de presse

Dans le cadre d’un dossier du parquet fédéral, une action coordonnée a été menée les lundi 28 septembre et jeudi 1er octobre 2020 sous la direction d’un juge d’instruction de l’arrondissement judiciaire du Limbourg.

Cette enquête est menée par la police judiciaire fédérale du Limbourg, dont 8 membres étaient affectés en permanence à l’équipe d’enquête. Elle  concerne une organisation criminelle active dans l’importation et le trafic de stupéfiants, principalement de la cocaïne. Le dossier a été ouvert suite à la saisie, fin 2019, d’environ 2.800 kg de cocaïne dans un container destiné à une entreprise de Maasmechelen.

Vu l’ampleur des cargaisons et les entités qui ont été rapidement identifiées, il a été décidé de mener une enquête approfondie sur la structure et le fonctionnement de l’organisation qui importait ces cargaisons de stupéfiants.

Le lundi 28 septembre et le jeudi 1er octobre, 54 perquisitions ont été menées en Belgique, réparties entre le Limbourg (19), Anvers (33) et la Flandre orientale (2). Dans le même temps, plusieurs perquisitions ont été menées aux Pays-Bas (7), en Espagne (3) et au Royaume-Uni (3).

29 personnes ont été privées de liberté et emmenées pour audition.

  • 16 de ces personnes ont été arrêtées par le juge d’instruction et inculpées, notamment, d’importation de stupéfiants, de blanchiment d’argent et d’appartenance à une organisation criminelle.
  • 1 personne a été libérée sous conditions par le juge d’instruction.
  • 2 personnes ont pu disposer après audition.

Le juge d’instruction prendra plus tard une décision concernant les autres personnes.

Pour cette action coordonnée, la Police judiciaire fédérale (PJF) du Limbourg a pu compter sur l’appui de la PJF d’Anvers, des unités spécialisées de la police judiciaire fédérale, des services d’appui de la police fédérale et d’enquêteurs de différentes zones de police.

Aujourd’hui, l’enquête met en lumière une organisation criminelle internationale bien structurée. Elle semble capable d’expédier très régulièrement de grandes quantités de cocaïne depuis l’Amérique du Sud vers la Belgique. Elle disposerait de plus d’un arsenal de techniques et de tactiques destinées à retirer les cargaisons des containers à leur arrivée à Anvers.

L’enquête a également mis au jour la forte interaction entre les différentes organisations actives dans le Limbourg et à Anvers.

Ces dernières années, les deux arrondissements judiciaires ont été confrontés à des organisations criminelles professionnelles qui importent non seulement de grandes quantités de drogues, mais qui tentent également de blanchir le produit de ces activités à grande échelle.

Comme on le sait, il est régulièrement fait usage de violences graves à cette fin.

Cette organisation coopérerait également avec d’autres organisations criminelles, d’une part pour les retraits et d’autre part pour la distribution de la cocaïne importée. Dans cette enquête, il n’est nullement question de groupes rivaux, mais bien d’accords de coopération entre différentes organisations qui se renforceraient mutuellement, du fait qu’elles disposent ensemble d’un réseau plus vaste et de plus de ressources.

Chaque maillon de l’organisation jouerait un rôle précis. Elle semble être dirigée par un nombre limité de responsables. Seuls quelques-uns au sein de l’organisation auraient une vue sur l’ensemble des opérations.

L’organisation semble avoir de fortes ramifications dans le circuit légal. Ainsi, des collaborateurs et/ou des gérants de bureaux d’expédition, d’entrepôts et de sociétés de transport seraient au service de l’organisation criminelle et seraient généreusement rémunérés pour leurs services.

Dans les sociétés gérées par l’organisation, il serait fait appel à des hommes de paille afin que les membres de l’organisation eux-mêmes ne se fassent pas remarquer et puissent agir dans l’ombre. Tout cela semble se jouer dans un contexte international, avec des liens vers différents pays européens.

Étant donné que l’organisation recourait également à un maximum de contre-stratégies, telles que des téléphones cryptés et l’utilisation de contre-observations, définir la structure et le fonctionnement de l’organisation a demandé un énorme travail. Eurojust a également apporté son soutien au dossier.

Le grand mérite de cette enquête est de ne pas s’être limitée aux responsables des importations et des retraits, mais d’avoir fourni également une image claire des responsables des différentes structures de blanchiment et de la manière dont l’argent criminel est finalement injecté dans notre société.

Il est déjà possible aujourd’hui de dresser un tableau clair des différents acteurs et de leur participation aux faits.

Outre la saisie d’environ 2.800 kg de cocaïne, une autre cargaison d’environ 650 kg a été saisie au cours de l’enquête et les 4 suspects impliqués ont été arrêtés.

Au cours de l’action menée lundi, un total de près de 1,3 million d’euros en espèces a été saisi, 700.000 euros sur divers comptes en banque, ainsi que des actions d’une valeur de 62.000 euros, des armes et une quarantaine de véhicules. L’enquête a montré qu’en plus des 2 chargements saisis de 2.800 kg et 650 kg, l’organisation semble avoir importé 10 cargaisons de cocaïne.

Aux Pays-Bas, trois personnes ont été privées de liberté en vue de leur remise à la Belgique et 66.850 euros en espèces et 9 fusils ont été saisis.

En Espagne, 1 personne a été arrêtée et 35.000 euros en espèces, 1 arme et une quinzaine de véhicules ont été saisis.

En supposant une quantité minimale de 650 kg par transport, cela signifie que pour un total  de 6500 kg un chiffre d’affaires a été réalisé d’au moins 195 millions d’euros. La valeur marchande est d’au moins 325 millions d’euros.

>> télécharger le dossier de presse

 

Texte du Procureur du Roi du Limbourg

Nous constatons de nouveau que les criminels et les organisations du Limbourg jouent un rôle de premier plan dans le trafic international de cocaïne.

Ce dossier a été ouvert suite à la saisie de près de trois tonnes de cocaïne destinées à une entreprise de Maasmechelen.

Ces dernières années, plusieurs réseaux internationaux de drogue de ce genre ont été découverts dans le Limbourg ; la drogue entrait généralement par le port d’Anvers, mais le financement ou l’organisation se faisait depuis le Limbourg.

La présence de criminalité organisée dans le Limbourg a de graves conséquences pour notre société. L’argent du crime sape notre économie et, dans le Limbourg, nous sommes confrontés chaque année à plus de trente règlements de compte qui peuvent être liés à la criminalité organisée, parfois avec une issue fatale (torture, prises d’otages, attentats à la grenade, incendies criminels, fusillades, cocktails Molotov...).

La lutte contre ce crime organisé constitue donc une priorité pour le parquet du Limbourg. Ce dossier montre une fois de plus que nous pouvons arrêter une organisation criminelle par son sommet. Nous y consacrons beaucoup d’efforts et, comme pour ce dossier, nous travaillons souvent en étroite collaboration avec d’autres services. En effet, les réseaux criminels s’étendent souvent au-delà des frontières des arrondissements (et, en particulier dans le Limbourg, souvent au-delà des frontières nationales). Pour pouvoir remplir notre rôle efficacement et avec succès, compte tenu de la gravité de la criminalité organisée dans le Limbourg, il est nécessaire que le parquet et la police disposent de moyens suffisants. Des investissements supplémentaires dans la police et la justice limbourgeoises sont nécessaires à cette fin.

Personnes de contact :

Guido Vermeiren, procureur du Roi du Limbourg

Pieter Strauven, magistrat presse du parquet du Limbourg

 

Texte du Procureur du Roi d’Anvers

L’ampleur de ce dossier montre une fois de plus que le rôle du port dans la criminalité organisée internationale liée aux stupéfiants n’est pas seulement une histoire anversoise. Il s’agit également d’une histoire belge, et même d’une histoire mondiale.

Le port d’Anvers et ses environs font vivre l’économie belge. Non seulement le citoyen honnête gagne sa vie grâce au port, mais le port est aussi très lucratif pour les criminels. Pour arrêter ces criminels, il faut que tout le pays se sente concerné. Cela peut se faire si ce domaine de préoccupation particulier est également considéré comme une priorité en matière de sécurité nationale et inscrit dans le prochain plan national de sécurité.

À cet égard, il est nécessaire que les différents services et inspections adoptent une approche multidisciplinaire et intégrée, ce qui permettra aux parquets, à la police et aux services fiscaux, entre autres, d’échanger des informations de manière simple et efficace. Aujourd’hui, notre législation ne le permet pas ou à peine. Cela devrait nous donner de meilleures chances de réussite pour mettre la main sur l’argent de cette activité à plusieurs millions d’euros. Follow the money aussi jusqu’à l’étranger.

Franky De Keyzer

 

Texte du Procureur fédéral

Mesdames et Messieurs,

Vous avez pu écouter les informations factuelles que nous pouvons communiquer sur cette affaire et qui la rendent également digne d’une conférence de presse.

En effet, nous ne vous avons pas invité à l’occasion d’un « dossier de drogue » qui a fait l’objet d’une coopération et d’une enquête approfondies, mais aussi pour clarifier un certain nombre de points.

1. Le dossier mérite d’être mis en évidence pour montrer clairement que la lutte contre la problématique de la drogue comporte de multiples facettes. Les mesures les plus manifestes et les plus spectaculaires sont les mesures visibles dans les rues d’Anvers, qui sont d’une importance majeure en ce qui concerne la question de la sécurité des citoyens et même du milieu criminel.

2. À côté de cela, la justice doit également être attentive au caractère déstabilisant de ce phénomène criminel. Il est très inquiétant de voir comment les criminels s’immiscent dans les plus hautes sphères et tentent de souiller le monde légal et les étages supérieurs de notre société avec des fonds d’origine criminelle.

3. Le problème du port d’Anvers, et plus particulièrement le trafic de drogue, n’est pas un problème anversois. On ne saurait trop insister sur ce point. C’est un problème qui dépasse cet arrondissement par définition et qui constitue à proprement parler une problématique nationale, avec un aspect international important.

4. Vous avez écouté les interventions des procureurs du Limbourg et d’Anvers.

C’est une première nationale que cela se fasse de cette manière.

Vous avez entendu les difficultés qu’ils rencontrent tous deux pour faire face à ce phénomène criminel, et qu’ils ont déjà soulevées lorsqu’une tribune leur a été offerte. Cela vaut également pour le procureur de Flandre orientale.

Il est en effet nécessaire que le ministère public et la police fédérale se prononcent ouvertement sur cette question.

Les moyens actuels sont manifestement insuffisants.

5. La réponse que nous formulons et communiquons ouvertement peut se résumer en un mot : la synergie entre les parquets locaux et le parquet fédéral. Le ministère public, uni et réuni, tente de formuler des solutions créatives et de libérer de l’espace pour des enquêtes difficiles et approfondies.

Il est cependant clair que toute créativité a ses limites. Une injection doit être faite structurellement et en termes de personnes et de moyens pour lutter contre ce cancer.

Il est de notre devoir de souligner que ce n’est pas seulement de la cocaïne qui est importée. Les organisations criminelles derrière ce phénomène accompagnent également les cargaisons, se nichent dans notre pays et apportent avec elles leurs propres méthodes violentes et impitoyables.

Nous avons vu ce à quoi cela mène dans les pays d’Amérique du Sud, nous voyons aussi ce qui se passe aux Pays-Bas par rapport à l’augmentation de la violence et des liquidations sur commande.

C’est aussi ce message que nous voulons faire passer de manière concise. Nous espérons qu’il sera entendu là où il doit l’être et nous sommes bien sûr ouverts à la poursuite d’un dialogue constructif sur cette question.

 

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