MPenbref: En clair: Festivals : contre les stupéfiants

Le ministère public ne manque jamais d’être présent lors des grands festivals musicaux qui se déroulent ça et là en Belgique.

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Le ministère public ne manque jamais d’être présent lors des grands festivals musicaux qui se déroulent ça et là en Belgique. Chaque fois avec un objectif principal la lutte contre les stupéfiants. Comment ? Avec quels moyens ? Quelle philosophie ? Réponses avec le cas concret des Ardentes, en compagnie de Damien Leboutte, procureur du Roi de Liège.

Black Eyed Peas, Lost Frequencies, Aya Nakamura… et Charlotte De Witte pour clôturer: l’affiche des Ardentes devrait attirer des dizaines de milliers de festivaliers à Rocourt (Liège) du 2 au 5 juillet prochains. Un rendez-vous qui figure également à l’agenda de Damien Leboutte. Le procureur du Roi de Liège s’y rendra, en effet, pour voir le dispositif mis en place par le ministère public et la police.

Car comme pour les autres grands festivals qui se déroulent sur le territoire national, le ministère public sera présent sur le terrain durant toute la durée de l’événement mais aussi avant même que celui-ci ne débute réellement, lors de l’arrivée des premiers campeurs, avec un objectif : la lutte contre la consommation de stupéfiants. Et un leitmotiv : tolérance zéro !

« Autrement dit, l’on sanctionne toutes les personnes en possession de stup’, résume Damien Leboutte. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de drogues sur le site du festival. On ne peut évidemment pas attraper tout le monde, a fortiori quand quelque 60.000 personnes sont attendues. »

Perception immédiate

La procédure ? Tout qui sera contrôlé avec des produits stupéfiants recevra une perception immédiate, du moins s’il s’agit juste de consommation personnelle. Là, soit la personne paye de suite via un sabot. Et si elle n’a pas de carte – ce qui peut arriver – elle reçoit un virement à payer dans les quinze jours.

« Les tarifs sont conformes à la circulaire du Collège des procureurs généraux en matière de festival, précise le procureur du Roi de Liège. En fonction du type de drogue et de la quantité trouvée, le montant de la perception immédiate sera plus ou moins élevé. En plus, évidemment, de la confiscation des stupéfiants. A noter que les gens payent assez facilement. Ils connaissent la règle : on se fait attraper, on paie. Nous avons très peu de non-paiement des perceptions immédiates. C’est surprenant… mais tant mieux. Il est vrai que si l’on ne paie pas, on est cité à l’audience. Dans le cas contraire, cela n’aurait pas de sens… et cela se saurait rapidement. »

Si la personne interceptée s’avère être un dealer, son sort est autrement plus sévère. A raison. « Là, on arrive à un niveau supérieur, complète Damien Leboutte. On travaille comme quand on tombe sur un dealer partout ailleurs : arrestation, déferrement, privation de liberté, audition en Salduz 4 et, en fonction de la gravité, soit une citation, soit une mise à l’instruction. »

Comment reconnaître les dealers ? Trois critères principaux permettent de les distinguer : être en possession d’une quantité de drogue relativement importante, que celle-ci soit déjà conditionnée en petits sachets (pour la vendre plus rapidement) ainsi qu’avoir pas mal d’argent liquide sur soi, style 400 euros en billets de 5.

Hachich, marijuana, kétamine...

Toutes les drogues sont dans la ligne de mire du ministère public et des forces de police lors des festivals mais certaines s’y croisent davantage que d’autres. Rien de tel qu’un petit coup d’œil sur les chiffres des deux dernières éditions pour se faire une idée !

En 2024, l’on a ainsi recensé 621 perceptions immédiates pour un total de 28.825 euros qui ont filé dans les caisses de l’Etat. Dans le détail, il y avait 730g de haschich, 830g de marijuana, 7g de cocaïne (« qui, de manière générale, prend toujours plus de place dans la société », constate le procureur du Roi) et 4 g de champignons. A noter que sur les 600 personnes qui ont eu droit à un contrôle approfondi, 372 étaient françaises ; l’affiche très rap des Ardentes attire il est vrai généralement un large public d’Outre-Quiévrain.

En 2025, 433 perceptions immédiates ont permis de récolter 28.950 euros. Les produits problématiques ? 179g de haschich, 470g de marijuana, 8g de cocaïne, 1g de champignons, 3g de speed, 3g de MDMA, 33 g d’XTC… et 7g de kétamine. Cette dernière substance utilisée en milieu hospitalier pour ses facultés anesthésiantes et également connue pour ses propriétés hallucinogènes, tend à être de plus en plus consommée ces dernières années, comme en témoigne l’enquête publiée en mars dernier par l’Institut de Santé publique Sciensano.

Pour parvenir à intercepter et saisir toutes ces drogues, c’est tout un dispositif qui est mis en place chaque année. Avec, aux avant-postes, les « poubelles de la dernière chance », testées depuis 2024.

« Le principe est simple, résume Damien Leboutte. Des poubelles particulières sont placées quelques dizaines de mètre avant les contrôles des tickets. Les consommateurs en possession de stupéfiants peuvent alors avant d’arriver aux contrôles de police, jeter leurs drogues et entrer sans rien sur le site du festival. D’où le nom de ces poubelles. »

Encore faut-il les repérer… « C’est la difficulté, reconnait le procureur du Roi. La première année, elles étaient mal installées et certains les ont prises pour des poubelles normales. On y a donc retrouvé davantage de cannettes que de stupéfiants. L’an passé, elles étaient plus reconnaissables mais ce ne fut pas une grosse réussite ; je pense que les gens essayent encore de passer au travers. »

Quelques mètres plus loin, outre le contrôle des tickets et des sacs, il y a la présence de la police… et des chiens drogues. Le principe est toujours le même : au bout de sa longe, le canidé se balade au milieu des festivaliers jusqu’à ce qu’il détecte une substance prohibée. Il s’arrête devant la personne (il la « marque ») qui est calmement emmenée à l’écart le temps d’une fouille.

Pas de totem d'immunité

« La majorité des gens qui se font attrapés sont très honnêtes, explique Damien Leboutte. La plupart du temps, ils nous disent ce qu’ils ont et nous le remettent. En cas de doute, on fait une analyse plus tard. En résumé, ceux qui se font choper jouent le jeu. Même s’il est déjà arrivé qu’on nous dise qu’il s’agissait de CBD (ce qui sous-entend l’absence de perception immédiate) mais, après analyse, on découvrait le plus souvent que ce n’était pas du CBD. Mais la mode est, semble-t-il, un peu passée. »

Attention : les simples festivaliers ne sont pas l’unique public à être concerné par l’action des forces de l’ordre. Les campeurs, par exemple, peuvent s’attendre à voir passer policiers et chiens entre les tentes. Les bénévoles, si utiles à l’organisation d’un événement tel que les Ardentes, n’ont, eux non plus, pas de totem d’immunité. Idem en ce qui concerne les VIP.

« Ce ne sont pas des citoyens différents, la loi s’applique à eux autant qu’aux autres, rappelle le procureur du Roi. Pas de raison de mener une politique de caste même si, du côté VIP, c’est davantage de la cocaïne que du hashish que l’on trouve chez les personnes en possession de stupéfiants. »

Quant aux artistes… Si certains sont totalement clean, d’autres sont inversement réputés. « Nous sommes hyper vigilants en matière d’incitation à la consommation, prévient Damien Leboutte. Si un artiste consomme sur scène : il y aura directement procès-verbal, audition et citation. Tout comme si, à l’instar d’un certain Alkapote il y a quelques années, un artiste se présente sur scène et jette des joints dans la foule. C’était, en somme, de la délivrance à titre gratuit de produits stupéfiants, ce qui revient au même que de la vente hormis que ce n’est pas payant. Ca peut même aller jusqu’à l’incitation à la consommation. D’autant plus qu’il y a des mineurs aux Ardentes. »

Ministère public et policiers ont donc l’œil partout : à l’entrée, au camping… et sur scène. La maréchaussée peut chaque fois compter sur un important contingent, avec des renforts d’autres zones et du fédéral et même de drones. Quant au parquet, il est également sur le terrain. « Nos magistrats stup’ se relayent pour qu’il y ait toujours quelqu’un sur place lors des contrôles, principalement en journée, assure le procureur du Roi. J’y passerai également deux heures. Pas pour la qualité musicale. Pour info, hier dans mon bureau, j’écoutais Pink Floyd. Une autre époque... »

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